
Signer un compromis de vente engage souvent plusieurs centaines de milliers d’euros, parfois tout un patrimoine, sur la base d’un document de trente à soixante pages lu rapidement entre deux rendez-vous. Pourtant, huit clauses concentrent l’essentiel du risque juridique et financier : la clause suspensive de prêt, le délai de rétractation, les clauses pénales, la garantie des vices cachés, la purge de l’indivision, les conditions spécifiques aux copropriétés ou aux maisons individuelles, et l’inspection préalable du bien. Chacune peut, mal rédigée, coûter plusieurs milliers d’euros à l’acheteur ou bloquer la vente pendant des années pour le vendeur. Comprendre leur mécanique avant de parapher le compromis permet d’identifier les déséquilibres, de négocier les corrections utiles pendant la fenêtre où elles restent possibles, et d’éviter les contentieux ultérieurs. Voici comment décrypter, clause par clause, le contrat qui scelle la transaction.
Les points de contrôle décisifs avant signature
- Le notaire garantit la sécurité juridique, pas la défense des intérêts économiques de l’acheteur : la relecture personnelle du compromis reste indispensable.
- La clause suspensive de prêt doit mentionner montant, taux maximum et durée précis, sous peine de perdre la protection prévue par le Code de la consommation.
- Le délai légal de rétractation est de 10 jours à compter du lendemain de la notification du compromis, à utiliser pour vérifier annexes, règlement de copropriété et diagnostics.
- La garantie des vices cachés suppose trois conditions cumulatives et s’exerce dans les deux ans à compter de la découverte du défaut.
- Une inspection privée du bien, distincte des diagnostics obligatoires, transforme chaque désordre chiffré en argument de négociation du prix.
- 11.1 : Pourquoi se fier uniquement au notaire pour relire votre contrat peut vous coûter cher ?
- 11.2 : Clause suspensive d’obtention de prêt : pourquoi elle doit mentionner un montant précis ?
- 11.3 : Délai de rétractation dans le compromis : ce que la loi prévoit et comment l’utiliser pleinement
- 11.4 : Les clauses déséquilibrées les plus fréquentes insérées à l’avantage du vendeur
- 11.5 : Vice caché découvert après l’achat : recours et conditions pour remettre en cause la vente
- 17.4 : Indivision successorale : quand le désaccord entre héritiers bloque ou retarde la vente
- 10.2 : Appartement en copropriété ou maison individuelle : les clauses et vérifications spécifiques à chaque cas
- 12 : Comment une inspection de propriété peut vous faire économiser des dizaines de milliers d’euros de travaux ?
Pourquoi se fier uniquement au notaire pour relire votre contrat peut vous coûter cher ?
Le notaire est un officier public chargé de garantir la sécurité juridique de la vente : identité des parties, origine de la propriété, purge des hypothèques, respect des formalités obligatoires. En revanche, il n’a pas pour mission de défendre exclusivement les intérêts de l’acheteur, ni de renégocier à sa place le prix, les travaux à la charge de chacun, les charges de copropriété reportées ou le montant des pénalités d’annulation.
Trois niveaux de relecture doivent donc être distingués. La conformité légale relève du notaire : le compromis respectera les textes applicables. L’équilibre contractuel — montant exact de la clause suspensive, pénalités symétriques, indexation éventuelle, délais — demande une analyse spécifique que le notaire signale mais ne corrige pas d’office. La stratégie de négociation enfin — demander une baisse après inspection, exiger la purge d’une servitude, ajouter une condition suspensive sur mesure — appartient à l’acheteur, parfois assisté d’un avocat en droit immobilier.
Pour éviter de s’en remettre entièrement au rendez-vous de signature, quatre points de contrôle doivent être parcourus avant de se rendre à l’étude.
Les 4 vérifications à mener avant chaque rendez-vous chez le notaire
- Vérifier le montant exact et le libellé de la clause suspensive de prêt (montant emprunté, taux maximum, durée) et confirmer qu’ils correspondent au plan de financement réel.
- Lister les conditions suspensives additionnelles utiles au dossier (certificat d’urbanisme, absence de servitude non déclarée, purge hypothécaire) et vérifier leur présence dans le projet d’acte.
- Chiffrer la clause pénale et l’indemnité d’immobilisation pour mesurer la perte en cas de désistement, puis contrôler leur symétrie entre vendeur et acheteur.
- Demander l’état hypothécaire, l’origine de propriété et la liste des servitudes et charges grevant le bien, puis les lire ligne à ligne avant la signature.
Le moment où ces modifications s’obtiennent facilement est celui du compromis, pas de l’acte authentique. Entre le compromis et la vente définitive, l’acheteur a déjà engagé une indemnité d’immobilisation : exiger un changement à ce stade revient à menacer de renoncer, position bien moins confortable qu’une négociation en amont.
Cette première grille de lecture conditionne toutes les suivantes : sans elle, les clauses économiques détaillées dans les sections suivantes risquent de passer inaperçues.
Clause suspensive d’obtention de prêt : pourquoi elle doit mentionner un montant précis ?
La clause suspensive de prêt protège l’acheteur en annulant la vente sans pénalité si le financement est refusé, à condition qu’elle précise montant emprunté, taux maximum, durée et type de prêt. Une rédaction floue (« obtention d’un prêt aux conditions habituelles du marché ») peut être jugée trop vague et faire perdre la protection prévue par le Code de la consommation, qui impose un contenu minimum.
L’enjeu dépasse la simple formalité. Un montant sous-évalué dans la clause oblige l’acheteur à compléter la différence avec un financement non couvert par la condition suspensive : en cas de refus de ce complément, l’indemnité d’immobilisation est perdue. À l’inverse, un montant surévalué sans dossier bancaire réaliste expose à ce que la condition soit jugée non sincère par le tribunal, avec le même résultat financier.
Le test de sincérité est systématique : les banques et les juges vérifient que l’acheteur a réellement déposé un dossier dans le délai imparti, idéalement auprès de plusieurs établissements. Les preuves à conserver sont précises.
- Le récépissé de dépôt du dossier auprès de chaque banque sollicitée.
- Les lettres de refus écrites mentionnant les caractéristiques du prêt demandé.
- Les échanges de courriels ou courriers avec le courtier ou le conseiller bancaire.
- La copie des pièces transmises (bulletins de salaire, avis d’imposition, justificatif d’apport).
Au-delà du prêt, d’autres conditions suspensives complémentaires méritent souvent d’être ajoutées : absence de servitude non déclarée, obtention d’un certificat d’urbanisme opérationnel confirmant la constructibilité d’une extension envisagée, purge hypothécaire effective, non-exercice d’un droit de préemption. Ces ajouts doivent être cohérents avec la situation personnelle de l’acheteur, non copiés d’un modèle standard trouvé en ligne.
1 mois minimum
Durée minimum légale de validité de la condition suspensive d’obtention de prêt, imposée par l’article L313-41 du Code de la consommation. Préciser montant, taux et durée, agir de bonne foi auprès de plusieurs banques et conserver toutes les preuves de démarches reste indispensable pour activer la clause.
D’après un article explicatif sur la condition suspensive de prêt immobilier.
Vérifiée en amont, cette clause transforme un aléa financier en filet de sécurité contractuel ; négligée, elle devient le premier motif de litige entre acheteurs et vendeurs.
Délai de rétractation dans le compromis : ce que la loi prévoit et comment l’utiliser pleinement
En France, l’acheteur non professionnel d’un bien d’habitation dispose d’un délai de rétractation de 10 jours, prévu par l’article L.271-1 du Code de la construction et de l’habitation. Il court à compter du lendemain de la réception de la lettre recommandée notifiant le compromis ou de sa remise en main propre contre décharge. Ce délai ne doit pas être confondu avec le délai de 14 jours de droit commun de la consommation, qui ne s’applique pas à la vente immobilière classique.
Concrètement, la rétractation s’exerce par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge, adressée au vendeur ou au professionnel ayant notifié le compromis. Aucune justification n’est à fournir. L’intégralité des sommes versées — notamment l’indemnité d’immobilisation si elle a été réglée — doit être restituée dans un délai de 21 jours à compter du lendemain de la date de rétractation. Lorsque le compromis est signé chez le notaire, le délai est généralement déclenché par la remise de l’acte en séance ; signé hors étude, il court à compter de la réception du recommandé.
Trop d’acheteurs considèrent ces dix jours comme une formalité, alors qu’ils constituent la dernière fenêtre de vérification sans engagement financier. L’utilisation stratégique consiste à planifier dès la signature les contrôles qui n’ont pas pu être menés en amont : lecture intégrale des annexes, consultation d’un avocat spécialisé en cas de doute, vérification du règlement de copropriété et de ses modificatifs, étude des procès-verbaux d’assemblée générale, examen du plan local d’urbanisme, relecture critique des diagnostics techniques.
Point de vigilance inverse : certains compromis rédigés par des agences mentionnent un droit de rétractation symétrique ou un délai spécifique pour le vendeur, alors que la loi n’impose rien de tel dans ce sens. Vérifier précisément qui bénéficie du droit, dans quels délais, et selon quelles modalités de notification évite les mauvaises surprises si l’une des parties change d’avis.
Bien utilisé, ce délai transforme un engagement irrévocable apparent en période probatoire pendant laquelle l’acheteur reste maître de la décision, à partir du cadre juridique précisé par un cabinet d’avocats spécialisé.
Les clauses déséquilibrées les plus fréquentes insérées à l’avantage du vendeur
Plusieurs clauses, insérées de bonne foi par un rédacteur pressé ou volontairement par un vendeur bien conseillé, créent un déséquilibre contractuel qui ne se révèle qu’en cas d’incident. Les quatre plus courantes méritent une attention particulière avant la signature.
La première est l’absence ou la réduction de la clause suspensive d’urbanisme, qui prive l’acheteur de recours si un projet d’extension devient impossible après la vente. La deuxième concerne les pénalités d’annulation asymétriques : l’acheteur qui se désiste perd une indemnité d’immobilisation importante, tandis que le vendeur qui se rétracte sans motif valable n’encourt qu’une pénalité symbolique ou aucune. La troisième est l’allongement excessif du délai de réalisation : un compromis prévu sur quatre à six mois peut, mal rédigé, laisser le vendeur bloquer la vente plusieurs mois supplémentaires sans conséquence pour lui. La quatrième, souvent la plus coûteuse, est l’exonération large de la garantie des vices cachés.
Cette dernière clause mérite une analyse nuancée. Elle est licite entre particuliers lorsque le vendeur ignorait réellement le vice, et constitue même une clause de style dans la plupart des compromis. Elle est en revanche nulle lorsque le vendeur est un professionnel de l’immobilier, en cas de dol (dissimulation volontaire), ou si le vice est d’une gravité telle qu’elle démontre que le vendeur ne pouvait l’ignorer. Avant de considérer cette clause comme un obstacle insurmontable, il faut donc identifier le statut du vendeur et documenter l’état apparent du bien.
Pour chaque clause déséquilibrée, une contrepartie peut être demandée. La grille suivante synthétise les négociations les plus utiles.
| Clause insérée | Risque pour l’acheteur | Contrepartie à demander |
|---|---|---|
| Pénalité d’annulation asymétrique | Perte de l’indemnité d’immobilisation en cas de désistement, aucune compensation si le vendeur se rétracte | Symétrie des pénalités ou plafonnement de l’indemnité |
| Exonération large de vices cachés | Travaux non prévus à la charge exclusive de l’acheteur | Inspection préalable chiffrée annexée au compromis |
| Absence de clause suspensive d’urbanisme | Projet d’extension ou de division bloqué après la vente | Ajout d’une condition suspensive d’obtention du certificat d’urbanisme |
| Délai de réalisation très long | Immobilisation du financement et du projet pendant plusieurs mois | Date butoir ferme avec faculté de résolution automatique |
La conséquence rarement anticipée d’une clause pénale asymétrique dépasse le simple risque financier : elle modifie le rapport de force pendant toute la période entre compromis et acte authentique. L’acheteur qui découvre un défaut majeur et souhaite renoncer sait qu’il perdra son indemnité même pour des raisons extérieures à sa volonté, ce qui l’incite à accepter des concessions qu’il refuserait dans un cadre équilibré.
La fermeté à adopter dépend du marché : dans une zone tendue où plusieurs acheteurs se succèdent, les concessions seront limitées ; dans un marché détendu, le vendeur acceptera plus volontiers une symétrie contractuelle.
Vice caché découvert après l’achat : recours et conditions pour remettre en cause la vente
La garantie des vices cachés, prévue aux articles 1641 à 1649 du Code civil, permet à l’acheteur d’agir contre le vendeur lorsqu’un défaut grave apparaît après la vente. Elle suppose trois conditions cumulatives : le vice doit rendre le bien impropre à sa destination ou en diminuer fortement l’usage, il doit être antérieur à la vente, et il ne doit pas avoir été apparent lors de l’achat. La charge de la preuve de ces trois éléments incombe à l’acheteur.
La distinction entre vice caché, désordre apparent et défaut de conformité est décisive. Une infiltration visible au plafond lors des visites, une fissure signalée dans un diagnostic ou un équipement en panne mentionné dans l’annonce ne relèvent pas de la garantie : ils étaient apparents et l’acheteur est réputé les avoir acceptés. D’où l’importance de documenter l’état du bien avant la signature par des photos datées, des échanges écrits avec le vendeur ou l’agent, et le cas échéant un rapport d’inspection indépendant.
En cas de découverte avérée, la méthode d’action suit généralement les étapes suivantes.
- Faire constater le vice par un expert amiable ou judiciaire pour établir son antériorité et sa gravité.
- Mettre en demeure le vendeur par courrier recommandé, en joignant le rapport d’expertise.
- Engager l’action en garantie devant le tribunal dans le délai légal.
- Choisir entre l’action rédhibitoire (annulation de la vente avec restitution) et l’action estimatoire (réduction du prix proportionnelle au défaut).
- Demander des dommages et intérêts supplémentaires si le dol (dissimulation volontaire) du vendeur est établi.
2 ans
Délai de prescription de l’action en garantie des vices cachés, qui court à compter de la découverte effective du défaut par l’acheteur, selon l’article 1648 du Code civil. Passé ce délai, l’action est irrecevable, quelle que soit la gravité du vice constaté.
D’après une page d’information juridique sur la garantie des vices cachés.
Trois limites tempèrent cette protection. L’exonération contractuelle insérée dans la plupart des compromis entre particuliers, valable en l’absence de mauvaise foi du vendeur. La difficulté pratique de prouver l’antériorité du vice à la vente, surtout plusieurs années après. Et la distinction avec la garantie décennale du constructeur, qui concerne les désordres affectant la solidité ou l’habitabilité d’un ouvrage neuf et relève d’un régime juridique distinct avec son propre délai de dix ans.
La prévention passe donc davantage par la documentation en amont que par la bataille juridique en aval : chaque photo, chaque échange écrit et chaque expertise réalisée avant signature allège la charge de preuve si un désordre apparaît ensuite.
Indivision successorale : quand le désaccord entre héritiers bloque ou retarde la vente
Lorsqu’un bien est détenu en indivision — typiquement après un décès entre plusieurs héritiers —, le principe juridique est celui de l’unanimité : la vente du bien suppose l’accord de tous les indivisaires. Un seul refus suffit en principe à bloquer la transaction, ce qui peut immobiliser un bien pendant des années si les héritiers ne s’entendent pas sur le prix, le moment de vendre ou le partage du produit.
Le Code civil prévoit plusieurs mécanismes de déblocage. Le tribunal judiciaire peut autoriser la vente en cas d’urgence ou de péril affectant l’intérêt commun. Depuis une réforme de 2009, les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits indivis peuvent faire constater leur intention de vendre devant notaire, qui notifie ensuite les autres indivisaires par acte extrajudiciaire : à défaut d’opposition dans le délai prévu, la vente peut être autorisée. En dernier recours, le partage judiciaire avec adjudication permet à n’importe quel indivisaire de forcer la sortie de l’indivision.
En matière de vente immobilière en indivision, le principe est celui de l’unanimité, qui suppose que tous les indivisaires doivent donner leur accord pour vendre le bien dans son intégralité.
Pour l’acheteur, ces règles ont des conséquences très concrètes. Les biens en indivision se vendent avec des délais plus longs (quatre à huit mois ne sont pas rares), des négociations de prix souvent plus tendues, et un risque réel d’annulation si les formalités de notification à chaque indivisaire n’ont pas été respectées scrupuleusement. Exiger du notaire la vérification que tous les héritiers ont été correctement identifiés — y compris les descendants d’un héritier prédécédé — et qu’ils ont tous donné un accord formel conditionne la sécurité juridique de l’opération.
Deux points de contrôle spécifiques méritent d’être insérés dans le compromis lorsqu’un bien provient d’une succession.
- Une condition suspensive de purge des droits des indivisaires, qui annule la vente sans pénalité si un héritier omis se manifeste ou refuse ultérieurement.
- Une déclaration précise de l’origine de propriété, détaillant la succession dont le bien est issu, les héritiers connus et les éventuelles donations antérieures susceptibles d’être réintégrées.
Un bien en indivision n’est pas un bien à écarter, mais un bien qui exige des diligences spécifiques dont le coût en temps et en honoraires doit être intégré dès l’offre d’achat.
Appartement en copropriété ou maison individuelle : les clauses et vérifications spécifiques à chaque cas
Les clauses à sécuriser diffèrent structurellement selon qu’il s’agit d’un lot de copropriété ou d’une maison individuelle. Chaque régime impose ses propres documents obligatoires et ses propres risques, qu’un compromis bien rédigé doit couvrir explicitement.
Pour un appartement en copropriété, le compromis doit intégrer ou annexer plusieurs documents : le règlement de copropriété et ses modificatifs, les procès-verbaux des trois dernières assemblées générales, le dernier appel de fonds et le pré-état daté établi par le syndic. Le point critique concerne les travaux votés mais non encore payés : selon la date de l’appel de fonds et la date de la vente, la charge peut peser sur le vendeur ou se répercuter sur l’acheteur. Une clause explicite doit préciser qui règle quoi, notamment pour les gros travaux (ravalement, toiture, ascenseur) dont le montant peut atteindre plusieurs milliers d’euros par lot.
Pour une maison individuelle, les vérifications se concentrent sur les risques propres à la pleine propriété : certificat d’urbanisme opérationnel, permis de construire d’origine et de toute extension, bornage éventuel, servitudes de passage ou de vue, conformité du raccordement aux réseaux publics ou de l’assainissement individuel (fosse septique, micro-station), et exposition aux risques naturels (zones inondables, retrait-gonflement des argiles, sismicité). La liste des diagnostics obligatoires varie selon l’âge et la localisation du bien.
Le tableau suivant synthétise les vérifications prioritaires à mener dans chaque cas.
| Point de contrôle | Copropriété | Maison individuelle |
|---|---|---|
| Document central à exiger | Règlement de copropriété et pré-état daté | Titre de propriété, certificat d’urbanisme |
| Charges à anticiper | Charges courantes, travaux votés, fonds de travaux | Taxe foncière, entretien de la toiture, assainissement |
| Risque juridique principal | Travaux votés non payés reportés sur l’acheteur | Servitude non déclarée, non-conformité d’une extension |
| Clause suspensive utile | Obtention des documents de copropriété complets | Obtention du certificat d’urbanisme opérationnel |
| Liberté de modification | Soumise à l’autorisation de l’assemblée générale | Soumise au PLU et aux autorisations administratives |
La clause suspensive d’obtention des documents de copropriété mérite une attention particulière : la réglementation impose au syndic de communiquer un ensemble de documents obligatoires, et leur transmission tardive justifie souvent un report de la signature de l’acte authentique. Prévoir dans le compromis un délai raisonnable (généralement trente à soixante jours) pour l’obtention de ces documents évite d’être pris en défaut.
Le choix entre copropriété et maison individuelle dépasse la question du prix au mètre carré : il engage une logique de contraintes collectives contre responsabilité individuelle. Les clauses à sécuriser dans le contrat traduisent cette différence structurelle et doivent être calibrées en conséquence.
Négliger ces spécificités revient à utiliser un modèle de compromis générique, source la plus fréquente des litiges post-signature liés à des charges imprévues ou à des travaux impossibles à autoriser.
À retenir avant d’aborder l’inspection préalable
- La relecture personnelle du compromis, section par section, reste la seule garantie d’un équilibre contractuel réel : le notaire sécurise le droit, non les intérêts économiques.
- Chaque clause (prêt, rétractation, pénalités, vices cachés, indivision, copropriété) possède ses propres délais et conditions de validité ; les ignorer revient à renoncer à ses protections légales.
- Les corrections s’obtiennent au stade du compromis, pas de l’acte authentique : au-delà de cette fenêtre, l’acheteur perd son pouvoir de négociation.
Comment une inspection de propriété peut vous faire économiser des dizaines de milliers d’euros de travaux ?
Une inspection indépendante du bien, réalisée par un expert bâtiment avant la signature définitive, produit un rapport détaillé chiffrant les désordres identifiés : état de la toiture, humidité des murs, structure porteuse, installation électrique, plomberie, assainissement, ventilation. Pour quelques centaines d’euros d’honoraires, ce rapport fournit des estimations objectives de travaux qui deviennent des arguments de négociation du prix ou des exigences de réparation avant l’acte authentique.
Il ne faut pas confondre cette inspection avec les diagnostics techniques obligatoires fournis par le vendeur (DPE, amiante, plomb, électricité, gaz, termites selon les zones). Ces diagnostics sont normés : ils vérifient la conformité à des critères précis mais ne constituent ni un audit complet de l’état réel du bien, ni une estimation chiffrée des travaux à prévoir. Un DPE défavorable signale une consommation énergétique élevée sans indiquer la nature et le coût des interventions pour l’améliorer. L’inspection privée comble précisément cette différence et oriente le choix des conditions suspensives à ajouter.
L’intégration de l’inspection dans la chronologie d’achat obéit à deux logiques possibles. La première consiste à planifier l’inspection entre l’offre acceptée et la signature du compromis : les éventuels désordres sont alors intégrés au prix de vente ou aux travaux à la charge du vendeur avant tout engagement. La seconde consiste à prévoir une clause suspensive liée à l’absence de désordres majeurs dans le compromis : l’inspection est menée pendant la période probatoire, et la vente peut être renégociée ou annulée sans pénalité si des défauts significatifs sont découverts.
Le lien avec la garantie des vices cachés est direct. Un défaut révélé par l’inspection avant la signature devient apparent : il sort du champ de la garantie et doit être traité par la négociation. Inversement, les désordres qui n’étaient détectables que par une expertise approfondie restent couverts par la garantie, mais le rapport d’inspection documente l’état constaté à une date précise, ce qui facilitera ultérieurement la démonstration de l’antériorité d’un vice qui se révélerait au-delà de ce que l’inspection pouvait voir.
L’étape suivante consiste maintenant à passer au crible le projet de compromis à l’aide des huit grilles présentées, puis à solliciter, pour les points de doute résiduels, un rendez-vous préparatoire avec le notaire ou un avocat en droit immobilier avant tout paraphe.
Peut-on modifier un compromis après l’avoir signé ?
Oui, par la signature d’un avenant accepté par toutes les parties, avant la signature de l’acte authentique. En pratique, les modifications sont difficiles à obtenir une fois l’indemnité d’immobilisation versée, car le vendeur a peu d’intérêt à renégocier. Les véritables ajustements se préparent au stade du projet de compromis, pas après.
Faut-il obligatoirement passer par un notaire pour signer un compromis ?
Non, le compromis peut être signé sous seing privé ou par l’intermédiaire d’une agence immobilière. En revanche, l’acte authentique de vente définitive doit obligatoirement être reçu par un notaire. Signer le compromis chez le notaire présente l’avantage d’une relecture juridique immédiate et d’une sécurisation renforcée des annexes.
Que se passe-t-il si le vendeur se rétracte après la signature du compromis ?
Le vendeur ne bénéficie pas du délai de rétractation prévu pour l’acheteur non professionnel. S’il refuse de signer l’acte authentique sans motif prévu au compromis, l’acheteur peut demander l’exécution forcée de la vente ou obtenir le paiement de la clause pénale prévue au contrat, voire des dommages et intérêts complémentaires.
Une inspection privée peut-elle être annexée au compromis ?
Oui, et c’est même recommandé lorsque le rapport révèle des désordres. Annexer l’inspection formalise les éléments connus des deux parties au moment de la signature, précise la répartition des travaux à venir, et clarifie le périmètre des défauts considérés comme apparents, ce qui limite les litiges ultérieurs sur la garantie des vices cachés.
Combien de temps peut durer la période entre compromis et acte authentique ?
En pratique, trois à quatre mois constituent la durée courante, le temps que l’acheteur obtienne son financement, que le notaire effectue les vérifications administratives (purge du droit de préemption urbain, origine de propriété, hypothèques) et rassemble les documents requis. Une vente en indivision ou nécessitant des autorisations spécifiques peut dépasser six mois.